Une attention portée sur le monde et de la patience au niveau national, mais quelle est la prochaine étape ?

ÉVOLUTION DU PAYSAGE DE L'OPPOSITION

PAR SAMANTHA THOMPSON

Le premier ministre Mark Carney a marqué sa première année complète au pouvoir dans un contexte d’incertitudes mondiales accrues, en mettant clairement l’accent sur le renforcement de la position internationale du Canada. Carney s’est délibérément positionné comme un homme d’État sur la scène mondiale. Cependant, quelques questions clés subsistent.

Au cours de la campagne électorale fédérale de 2025, Carney avait promis d’agir à la « vitesse de l’éclair » sur un certain nombre de priorités fondamentales — notamment l’accélération des autorisations de grands projets, le renforcement de la sécurité économique du Canada et la conclusion d’un accord économique stable avec les États-Unis. À ce jour, les progrès sur ces fronts ont été mesurés, plutôt que fulgurants.

Sur le plan politique, le premier ministre a bénéficié d’une marge de manœuvre considérable. De nombreux Canadiens ont attribué les frictions économiques observées au cours de l’année écoulée (en particulier les droits de douane affectant des secteurs clés) principalement aux politiques et à l’instabilité du président américain Donald Trump. De plus, comme l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) continue de couvrir environ 85 % des exportations canadiennes, l’économie canadienne dans son ensemble a été quelque peu protégée de l’impact total des tensions bilatérales. Cette dynamique a offert au gouvernement Carney une marge de manœuvre précieuse. Au cours des 12 derniers mois, l’accent a été mis principalement sur l’orientation et le ton, en projetant une image de stabilité sur la scène internationale tout en naviguant dans un environnement mondial instable. En effet, des sondages récents indiquent que trois Canadiens sur cinq approuvent la performance de Carney, ce qui représente sa cote la plus élevée depuis son entrée en fonction et reflète la satisfaction à l’égard de son leadership orienté dans un contexte de volatilité mondiale.

Quoi qu'il en soit, nous entrons maintenant dans une période où les engagements pris précédemment seront mis à l'épreuve.

Avec une majorité libérale désormais attendue d’ici la mi-avril, à la suite d’une série d’élections partielles à venir dans au moins deux circonscriptions considérées comme des « bastions » libéraux et du récent changement d’allégeance de la députée du Nunavut Lori Idlout, les attentes envers le gouvernement évoluent. Les gouvernements minoritaires laissent souvent une marge de manœuvre pour des progrès progressifs et des changements d’orientation. Un gouvernement majoritaire, en revanche, s’accompagne d’un ensemble d’attentes différentes.

Pour le gouvernement Carney, les mois à venir marqueront probablement une transition de la stratégie à l’action. Les Canadiens qui se sont jusqu’à présent déclarés satisfaits de la trajectoire générale du gouvernement commenceront à évaluer si les engagements pris pendant la campagne électorale sont tenus et se traduisent par des résultats concrets.

Le paysage de l'opposition évolue également

Pendant une grande partie de l’année écoulée, le Parti conservateur a dû faire face à des défis internes. À la suite des élections fédérales de 2025, le chef conservateur Pierre Poilievre s’est retrouvé sans siège à la Chambre des communes, ce qui a contraint le parti à concentrer une grande partie de son énergie et de ses efforts politiques sur la victoire lors d’une élection partielle. L’attention s’est ensuite portée sur l’examen de la direction du parti lors du congrès conservateur fin janvier. À présent, ces questions internes étant en grande partie réglées, les conservateurs semblent s’engager à nouveau plus pleinement sur la scène nationale. Les récents voyages internationaux de M. Poilievre, notamment en Europe et aux États-Unis, laissent entrevoir un réajustement potentiel de la manière dont il se présente aux Canadiens, mettant l’accent sur un profil plus digne d’un homme d’État parallèlement à son rôle bien établi de chef de l’opposition efficace. La question de savoir si ce changement permettra de réduire l’écart dans les sondages reste ouverte.

À l'horizon, plusieurs dossiers majeurs façonneront la deuxième année de Carney

Le conflit au Moyen-Orient, y compris la situation actuelle en Iran, influencera les marchés énergétiques mondiaux et affectera les priorités canadiennes en matière d’extraction et d’exportation des ressources. Les élections provinciales au Québec pourraient ramener au pouvoir un gouvernement du Parti québécois bénéficiant d’une forte dynamique dans les sondages. Le chef Paul St-Pierre Plamondon a réitéré son objectif à long terme de souveraineté et la possibilité d’un troisième référendum (après avoir d’abord créé les conditions de sa réussite). Bien que la séparation pure et simple reste une opinion minoritaire au Québec, le résultat mettra à l’épreuve la capacité d’Ottawa de gérer les relations fédérales-provinciales et les questions d’unité nationale. Et bien sûr, l’un des principaux axes d’attention reste la prochaine révision de l’ACEUM, qui doit débuter cet été. Avec la nomination récente de la diplomate chevronnée Janice Charette au poste de négociatrice en chef du Canada auprès des États-Unis, Ottawa se prépare à ce que beaucoup considèrent comme l’une des négociations commerciales les plus risquées et les plus lourdes de conséquences de ces dernières années — en particulier dans le contexte d’incertitude et de complexité actuelles sous la présidence de Donald Trump.

Un mandat majoritaire donnerait au gouvernement une plus grande liberté d’action sur la scène internationale, mais il augmenterait aussi considérablement les attentes au niveau national. Le logement, l’accessibilité financière et le coût de la vie restent des préoccupations majeures pour de nombreux Canadiens dans leur vie quotidienne. Si les progrès sur ces dossiers restent lents, on peut s’attendre à ce que l’attention du public se détourne de la situation mondiale pour se concentrer sur les choix politiques et les priorités d’Ottawa.

Au cours de sa première année, Mark Carney s’est forgé une solide présence internationale. La prochaine phase de son mandat mettra à l’épreuve sa capacité à traduire cette orientation en résultats concrets.

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Opportunité actuelle : Coordonnateur/trice des affaires publiques